Visite de la Préfète aux Longrais
                                                                       Gérard Laplantine aux Longrais en 1967
                                                                    "prenant un air inspiré" au milieu des "huiles"
                                                                    (la Préfète à l'extrême gauche près du Patron)

                              
Gérard Laplantine en 1997
Photo de Gérard Laplantine en 1997 par Aldo Soares
                                                                    (avec l'aimable autorisation de son auteur)

Gérard Laplantine (1947-1998)

                                                "Surtout, ne cherchez pas à être savants, 
                                                                                                       cherchez à être utiles".
                                                                                                                                                     G.L.

 
  
Après avoir été successivement potier-céramiste dans les Deux-Sèvres et "libraire d’ancien"(spécialisé dans le symbolisme et la spiritualité occidentale) à Paris, Gérard Laplantine commence véritablement sa carrière en 1975 au Ministère de la Culture (direction de l’Architecture) comme ingénieur-technicien administratif (ITA) chargé de l’informatisation de son service. Il entreprend assez vite des études d’Anthropologie sociale à l’E.H.E.S.S. qui l’amènent à présenter d’abord en 1987 un mémoire sur les graffiti de 850 églises des environs de Paris situées près des axes de pèlerinage  ("les marques et inscriptions lapidaires laissées par les tâcherons, compagnons, voyageurs, pèlerins, tziganes et marginaux sur les parements des églises") puis en 1990 un D.E.A. sur une forme élémentaire de pratique religieuse à savoir, la dévotion pratiquée sur le gisant du journaliste Victor Noir. Par ce fait, il devient en 1991 ethnologue en titre chargé de mission au Musée National des Arts et Traditions Populaires, enfin membre à part entière du Laboratoire d’Anthropologie religieuse. Déjà dans sa prime jeunesse, il s'intéressait autant à l'alchimie, à l'architecture sacrée qu'à l'histoire des religions et des mythes. Il décède brutalement d’une crise cardiaque sans avoir pû mener à terme tous ses projets. Il s’apprêtait en effet à étudier les rites d’une Confrérie féminine de possédées du Caire.
 
Gérard Laplantine a été défini comme un "ethnologue passionné d’exploration, à qui la vie a donné mille raisons d’exercer son métier autrement" (voir des extraits de son interview ci-après). Ses dernières études sur le Compagnonnage et sur les Musiciens des rues (expositions et articles unanimement salués pour leur analyse subtile et approfondie) témoignent de sa capacité à aborder les sujets les plus divers, parfois inattendus, surtout originaux. 
 
Bibliographie partielle :

Laplantine Gérard, 1980. -  Les tours d'Auxerre : Introduction à l'étude des inscriptions lapidaires sur les édifices religieux. Revue Atlantis, Archéologie scientifique et traditionnelle, n° 308, mars-avril 1980 : 201-212.

Laplantine Gérard, 1980. -  Une inscription étrange. Revue Atlantis, Archéologie scientifique et traditionnelle, n° 308, mars-avril 1980 : 274-275.
 
Laplantine Gérard & R. Dulau, 1980. - Un univers étrange, les graffiti à caractère religieux.  Trouvailles n° 24, juillet-août 1980 : 14-17.

Laplantine Gérard, L. Carny, R. Dulau, J.-P. Guichonnet, J. Phaure & R. Vergez, 1980. - Mystérieuse cathédrale d'Auxerre. Etranges graffiti, Sibylle, Christ à cheval. Congrès du Cinquantenaire d'Atlantis. Revue Atlantis, n° 308, mars-avril 1980 : 90 pages.

Laplantine Gérard, 1988. – Introduction à l’étude d’un type de marques lapidaires gravées sur les édifices religieux du XVIe au XVIIIe siècle. Mémoire de l’EHESS (directrice : Mme Nicole Belmont). Non publié : 151 pages.

 
Laplantine Gérard, 1993. - Inscriptions lapidaires et traces de passages : formation de langages et de rites. In : "Ethnologie des faits religieux en Europe", Colloque national de la Société d’Ethnologie française (sous la direction de Nicole Belmont et Françoise Lautman), Strasbourg, 24-26 novembre 1988. Éditions du CTHS, Collection : Le regard de l’ethnologue, n°4, 540 p. : 137-160.
 
Laplantine Gérard,  1995. – Les chefs-d’œuvres. In : "Le Compagnonnage, chemin de l’excellence" (Commissaires : M. Jaoul, L. Bastard et G. Laplantine). Catalogue de l’Exposition du Musée National des Arts et Traditions Populaires, Paris, 16 novembre 1995-6 mai 1996. Editions de la Réunion des Musées Nationaux : 47-62.
 
Laplantine Gérard, 1997. - Métro : du nadir au zénith. In : "Musiciens des rues de Paris" (sous la direction de Florence Getreau). Catalogue de l’exposition du Musée National des Arts et Traditions Populaires, Paris, 18 novembre 1997- 27 avril 1998. Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 142 p. : 106-110.
 
Soubrier Bernard, 1997. - Alchimiste de sa propre vie [interview de Gérard Laplantine]. Le Monde de léducation, mai 1997, n° 248 : 99-101.

                              
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Propos recueillis par Bernard Soubrier :
 
 La sociologie :
 
"C’était un pis-aller. J’aimais les études, ou plus exactement, l’étude de tout ce qui vit, se perpétue et s’adapte. Ma famille m’encourageait à suivre des études. Mais j’étais bien infoutu de fixer un objectif à mes études. Je savais seulement que je ne voulais pas devenir pharmacien comme mon père ou, vous allez rire, ethnologue comme mon frère. Le métier de l’un me paraissait trop mercantile ; quant au métier de l’autre, je n’avais pas encore perçu qu’il pouvait conduire à autre chose qu’à l’enseignement."
 
Le métier de céramiste en poterie traditionnelle :

 
"Je n’avais vraiment rien d’un baba cool, si ce n’est la tignasse. J’étais tout ce qu’il y a de plus sérieux et studieux. J’avais découvert dans de vieux livres d’alchimie des recettes de fusion des émaux faits de cendres de végétaux. Je voulais les mettre en pratique. Mais pour celà, il me fallait commencer par apprendre le métier de base.
En bâtissant ma chapelle [le four], j’ai appris à découvrir le temps et à l’utiliser comme un matériau et non plus comme une contrainte. En somme, c’est en construisant mon principal outil de travail que je suis réellement devenu potier. Si j’avais acheté un four prêt à l’emploi, je ne serais sans doute jamais parvenu à la moindre connaissance sur la voie dans laquelle je m’étais engagé."
 
"Libraire d’ancien" :

 
Pourquoi ce choix ? : "Par goût autant que par nécessité. Pour s’installer comme libraire d’ancien, il faut avoir de solides fonds. Ce n’était pas mon cas. Alors, j’ai fait avec ce que j’avais, c’est-à-dire avec les quatre mille cinq cents ouvrages de la bibliothèque personnelle que je m’étais constituée depuis mon adolescence, et qui était essentiellement composée de livres sur le symbolisme, l’alchimie et la spiritualité. Je savais très bien acheter, mais je ne savais pas vendre. Mon entreprise ne pouvait donc pas entrer dans un processus économique normal."
 
ITA à la Direction de l’Architecture :

 
"Nous avions la charge de programmer les chantiers de restauration des monuments historiques classés. Grâce à ce poste, j’ai été conduit à fréquenter quotidiennement les chantiers et les architectes des Bâtiments de France et, peu à peu, je suis passé de la théorie à la pratique. Je prenais toujours un énorme plaisir à faire ce dont j’étais chargé, mais j’avais de moins à moins à faire. Comme je ne suis pas d’une nature à laisser filer le temps, j’ai cherché à mettre à profit toutes les heures de vacuité dont je disposais."
 
A propos du mémoire de maîtrise de l’EHESS en anthropologie sociale :

 
"Travail inutile, penseront certains. Et d’une certaine façon, ils n’auront pas tort. Car n’est utile de nos jours que ce qui a un usage immédiat. Il n’empêche que ce premier terrain m’a permis de découvrir que si celui qui trace des signes dans la pierre – et on pourrait élargir à ceux qui aujourd’hui " taguent" – ne sait pas pourquoi il se livre à cette pratique, en revanche, il respecte presque toujours et sans le savoir des règles de communication ancestrales."
 
Ethnologue-Commissaire de deux expositions :

 
"Je me suis mis à tirer toutes les sonnettes de l’Administration, et j’allais abandonner mes recherches quand Yves Renaudin, qui, à l’époque, occupait la fonction de directeur de la mission Patrimoine ethnologique, m’a suggéré de faire acte de candidature au Musée National des Arts et Traditions Populaires (ATP). J’ai suivi son conseil. Un an plus tard, j’ai reçu une convocation de Martine Jaoul, qui venait d’être nommée directeur des ATP et qui, après une longue conversation, m’a recruté ès-qualités et m’a confié le commissariat d’une exposition sur le Compagnonnage."
 
Quelques considérations sur l’ethnologie :
 
"En soi, l’ethnologie n’est pas un métier au sens propre du mot. C’est une attitude, un mode d’approche de l’autre. Certes, il faut à la fois vivre et observer de façon méthodique des situations  sur un terrain déterminé, en se fondant le plus possible dans la population observée pour commencer à rechercher comment fonctionne cette population. Mais pour quoi faire à la fin ? Pour rendre compte de quoi, si ce n’est de la perception la plus scientifique possible que l’on puisse parvenir à se faire de la conception, qu’ici ou là, des femmes et des hommes ont de la vie, de la mort, de la maladie, du travail, de l’argent, bref, de toutes les valeurs et de tous les rites auxquels est soumise l’existence ?"
 
Un projet non abouti, prolongeant un travail effectué auprès du personnel soignant d’un hôpital cherchant à mieux comprendre des Africains faisant face à la maladie :
 
"Je souhaiterais pouvoir généraliser cet apport de l’ethnologie à la pratique de tous les métiers de la santé, de l’enseignement, du social et de la défense de l’ordre public. Mais je crois bien que cela risque de demeurer encore longtemps un rêve."

  
                                                                                                                                    Gérard Laplantine, mai 1997

 
Ce long entretien paru dans le Monde de l'Education permet de mieux cerner la personnalité à la fois complexe et originale de notre camarade de fouilles. Comment ne pas y voir l'empreinte de notre Patron Bernard Edeine - lui-même ethnologue de la Sologne - pour qui l'ethnologie  devait constituer le socle de toute réflexion archéologique ?
 
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