ANTHROPOLOGIE ET ARCHÉOLOGIE FUNÉRAIRE
Vers une ethnologie préhistorique


La Chaussée Thirancourt
                                                                    La Chaussée Thirancourt . Fouilles de Claude Masset
 
 
 
L'archéo-anthropologie funéraire est une spécialité qui se situe à la croisée de plusieurs disciplines, bien sûr l’archéologie et l’anthropologie, mais également l’histoire, la démographie, la médecine légale et l’épidémiologie. Cette discipline a pour objectif d’étudier les restes matériels des sépultures, autant leurs éléments biologiques comme les ossements humains et animaux que le contenant de la sépulture et les objets associés pour comprendre quelle fut la place des morts dans les sociétés du passé.
 
La mort d’un individu engendre un cadavre pour le traitement duquel sont mises en œuvre différentes techniques. Ces dernières sont liées à des réalités sociales. Ainsi, le défunt est placé au centre du discours et son étude n’est plus une annexe de l’étude de l’architecture du monument et des mobiliers d’accompagnement. Si l’archéologue reconstitue la succession des gestes funéraires avec les seuls restes qu’il a pu trouver et fouiller, par contre l’ethnologue a la chance d’observer directement le déroulement de funérailles après le décès d’un individu. Aussi, trois types d’espaces sont souvent représentés dans une structure funéraire actuelle ou passée : l’espace sépulcral proprement dit parfois subdivisé en plusieurs entités, l’espace religieux sacré et l’espace cérémoniel public.
 
L’analyse de la chaîne opératoire funéraire constitue un outil pour appréhender la manière dont une société s’occupe de ses morts. L’étude de chaque sépulture et des contextes funéraires permet de cerner les gestes funéraires accomplis par les vivants : les pratiques préparatoires antérieures au dépôt, les pratiques sépulcrales (position du cadavre, matériel funéraire, structure de la tombe) et les pratiques post-sépulcrales (réouverture de la tombe, manipulation des restes, ré-inhumation).
 
L’étude d’une tombe se fait donc à trois échelles : à l’échelle de l’individu par l’étude des ossements et l’analyse taphonomique; à l’échelle de l’unité funéraire, par l’étude de la disposition des os entre eux ; enfin, à l’échelle de la tombe, par l’organisation de la structure en vue de restituer son état initial. A ce niveau de l’analyse, on parle de palethnologie funéraire puisqu’il est alors question du traitement du cadavre et des conditions de dépôt du défunt dans la fosse ou le caveau.
 
Si la simple étude biologique des squelettes nous donne leurs caractéristiques biologiques, leur morphologie, leur patrimoine génétique (leur génôme), parfois les causes du décès, d’autres questions sont maintenant traitées : Comment était gérée l’inhumation du corps ? Quels gestes accompagnaient ce rituel ? Comment les ensembles funéraires fonctionnaient-ils entre eux ?
 
Pour les premiers de ces inhumés, les cérémonies ont dû être brèves ; pour les suivants, il a fallu aux vivants pouvoir accéder à la tombe et manipuler ce qui était devenu des reliques. En effet, la ré-ouverture d’une tombe a pour but des manipulations d’os, des regroupements d’os longs en faisceaux, des évacuations en ossuaires, des prélèvements intentionnels de crânes pour en faire des reliques. En ce cas, l’étude fine (en place) d’une tombe amène à constater un certain désordre dans la disposition des restes humains, voire à identifier des squelettes incomplets.
A la fin, les caveaux collectifs néolithiques une fois remplis puis fermés, ne sont plus considérés comme contenant des individus mais contenant du sédiment, donc déshumanisés.
                                                        
                                                                                                                                           Gérard R. Colmont

Quelques publications : 
 

Colmont G.R., 1982-1984-1986-1988 : Les sépultures mégalithiques de Charente-Maritime. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.

Colmont G.R., 1991 : Estimation de l’âge et décompte des individus dans une étude anthropologique de collections anciennes : le cas du mégalithisme charentais. Colloque de Sarrians, 1989.

Colmont G.R., 2001 : Le dolmen à chambre quadrangulaire et long couloir de la Motte de la Jacquille à Fontenille en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.

Colmont G.R., 2009 : Pratiques funéraires dans des ensembles mégalithiques du nord de l’Aquitaine en France aux Ve et IVe millénaires avant notre ère (Hommage à Bernard Edeine). Haute-Normandie Archéologique, 14.

Colmont G.R., 2012 : Le dolmen A4 de Chenon en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.

Colmont G.R., 2014 : Le dolmen A1 de Chenon en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.

Colmont G.R., 2015 : Le dolmen A6 de Chenon en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.

Colmont G.R., 2016 : Les deux dolmens B1 de Chenon en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime.
Colmont G.R., 2018 : Le dolmen central du Gros Dognon de Ligné en Charente. Etude anthropologique. Annales de la Société des Sciences Naturelles de la Charente-Maritime. 

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